Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la minoterie de Pornic… sans jamais oser le demander

La minoterie de Pornic, installée quai L’Herminier, fait partie des bâtiments les plus étonnants de la ville.

Au fond du port de Pornic, côté Gourmalon, se dresse un bâtiment intrigant que tous les Pornicais connaissent. Silo, tour élancée, volumes industriels : la minoterie fait partie du paysage depuis plus d’un siècle. On la regarde souvent… sans vraiment savoir ce qui s’y passe.

Pourquoi cet emplacement au bord de l’eau ?
Depuis quand est-elle là ?
Et comment fonctionne une minoterie ?

La minoterie aujourd’hui. (c)Bonjour Pornic

Pour répondre à ces questions, j’ai eu la chance de rencontrer Yves Laraison, arrière-petit-fils d’Auguste Laraison, fondateur de la minoterie dans les années 1880. Grâce à ses souvenirs et à l’histoire familiale, voici un voyage au cœur d’un lieu étonnant.

Une entreprise familiale née dans les années 1880

Auguste Laraison, né en 1855, fonde la minoterie avec l’aide de membres de sa famille qui travaillent déjà dans le commerce du blé.

Au départ, la minoterie fonctionne comme un moulin traditionnel, avec de grandes meules de pierre d’environ 1,50 mètre de diamètre. La mouture se fait à plat.

Mais rapidement, Auguste Laraison part en voyage d’étude en Autriche avec d’autres professionnels de la meunerie. Là-bas, il découvre une innovation qui va transformer la production : les moulins à cylindres.

C’est une innovation importante car ces cylindres métalliques en fonte écrasent le grain de manière plus rapide et plus efficace.

C’est la différence fondamentale entre un moulin et une minoterie :

  • le moulin fonctionne avec des meules
  • la minoterie utilise des cylindres

Même si beaucoup de Pornicais parlent encore du « moulin de Pornic », il s’agit donc bien d’une minoterie.

Pourquoi une minoterie dans un port?

Avant l’industrialisation, on moulait le blé dans des moulins à vent ou dans des moulins installés au fil des rivières. Mais à Pornic, la minoterie fonctionne à la vapeur. Le charbon nécessaire arrive par bateau, notamment du pays de Galles, et la farine produite repart ensuite vers de nombreux ports de la côte atlantique.

À l’époque, le terrain sur lequel est bâti la minoterie s’appelle le terrain de Plymouth. Il s’étend de la rue de la Source jusqu’à l’emplacement de la minoterie actuelle et borde le quai de la Corderie.

Dessin aérien de 1911. D’une étonnante précision, on y découvre la minoterie et les quais. Archives personnelles d’Yves Laraison.

Des bâtiments qui racontent l’évolution de l’activité

Les bâtiments se sont construits au fil des besoins.

Les plus anciens, en pierres meulières, présentent de grandes fenêtres en plein cintre sur quatre niveaux. Chaque étage correspond à une étape différente de la fabrication de la farine.

Une photo de la minoterie prise dans les années 1970. Archives personnelles d’Yves Laraison.

Lorsque les cylindres augmentent fortement la capacité de production, il faut agrandir le site.

Auguste Laraison achète alors un terrain vers l’ouest, qui appartenait à la famille du compositeur Gaston Serpette. Il y construit un grand magasin sur quatre niveaux pour stocker la farine produite.

Puis vient la construction d’un élément très visible aujourd’hui : la tour silo, édifiée en 1909. Elle permet de stocker les grains arrivant par bateau ou par train.

Plus tard, en 1967, un nouveau bâtiment en béton est ajouté pour stocker la farine en vrac. Jusqu’alors, celle-ci était conservée en sacs.

L’arrivée du chemin de fer

Le chemin de fer joue un rôle important dans l’expansion de l’entreprise.

Près de la gare actuelle, du côté droit lorsqu’on part vers Nantes, se trouve un grand bâtiment aujourd’hui transformé en logements. À l’origine, il servait de magasin pour recevoir le blé transporté par wagons.

La minoterie est alors au cœur d’un réseau mêlant bateaux, trains et charrettes.

Un des premiers grands employeurs de Pornic

À ses débuts, la minoterie fait partie des premières industries locales.

Vers 1900, elle emploie une cinquantaine de personnes. On y trouve bien sûr des meuniers, mais aussi des mécaniciens, des menuisiers — car les machines et les conduits sont alors en bois — et même des maréchaux-ferrants pour les chevaux des charrettes.

« Paie du mois de septembre 1895 ». Les différents corps de métier sont inscrits à côté du nom des salariés. Archives personnelles d’Yves Laraison.

Un commerce tourné vers la mer

Grâce au port, la farine produite à Pornic voyage loin.

Elle est exportée vers l’Angleterre, l’Irlande, et même vers la Libye. Les Anglais apprécient particulièrement les blés de la région pour la fabrication de biscuits.

Le « Michel », un des bateaux de la flotte appartenant à la minoterie, devant la minoterie Saint-Louis à Nantes. Archives personnelles d’Yves Laraison.

Une activité qui ne s’arrête jamais

Dans une minoterie, les machines tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. La production ne s’arrête jamais.

Aujourd’hui encore, environ 300 tonnes de blé sont écrasées chaque jour, et il faut une douzaine de camions de 25 tonnes pour évacuer la production.

Et tout ne devient pas farine : pour 100 kg de blé, environ 25 kg deviennent des sous-produits, principalement du son, qui doit lui aussi être évacué.

Les vibrations mystérieuses de la minoterie

À l’intérieur de la minoterie se trouvent des machines appelées plansichters. Ce sont de grandes armoires remplies de tamis qui trient la farine à différents stades de la mouture.

Elles fonctionnent avec un mouvement circulaire continu qui fait vibrer tout le bâtiment.

Yves Laraison se souvient que, lorsqu’il était enfant, chez sa grand-mère place de la gare, on entendait parfois les fenêtres trembler. Les vibrations se transmettaient d’un bâtiment à l’autre et les voisins se demandaient d’où cela pouvait venir.

Une histoire traversée par la guerre

La minoterie a continué à fonctionner pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais pendant la période de la poche de Saint-Nazaire, lorsque la région était isolée, les Allemands ont réquisitionné les sacs de farine. L’activité a alors dû s’arrêter pendant quelques mois.

La minoterie a également connu plusieurs incendies, notamment pendant la guerre et dans les années 1990.

Une enfance dans la minoterie

Pour Yves Laraison, la minoterie est aussi un souvenir d’enfance.

À six ans, pendant les vacances chez ses grands-parents, il passait par une porte du jardin pour aller faire du vélo dans la cour de la minoterie quand les ouvriers étaient partis.

Avec ses cousins, ils montaient aussi dans le magasin à farine. Là, un toboggan permettait de descendre cinq étages… dans un sac !

Même les graviers du jardin familial venaient de la minoterie : ce sont les petits cailloux retirés du blé lors du lavage.

Yves Laraison, arrière-petit-fils d’Auguste Laraison, fondateur de la minoterie.
(c)Bonjour Pornic

Un élément du paysage pornicais

Aujourd’hui, la minoterie peut surprendre : un site industriel au cœur de la ville.

Mais lorsque l’entreprise a été construite, les coteaux alentours étaient encore couverts de vignes et de landes. Le quartier de Gourmalon s’est développé plus tard.

Pour Yves Laraison, la minoterie n’est pas un souvenir du passé :

« À Pornic, la minoterie n’est pas un souvenir, car un souvenir signifie que cela a disparu. Elle fait partie du décor. »

Et lorsque ses machines tournent à plein régime, on pourrait presque l’entendre chanter « Meunier tu dors, ton moulin va trop vite… « 

Bonjour Pornic remercie Yves Laraison d’avoir partagé ses souvenirs et ses archives familiales

>>> Depuis 1997, la minoterie de Pornic appartient au groupe alimentaire Soufflet.

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