Quand j’arrive chez Dany Raoux, son atelier me surprend avant même qu’elle ne parle. Un grand espace lumineux, tout en clarté, où les toiles s’alignent sur les murs comme autant de fenêtres ouvertes sur le monde. Sur une table, les pinceaux et les couteaux sont rangés avec soin.
Je comprends d’emblée que pour elle, peindre est un art de vivre.

« La peinture m’habite depuis très longtemps », me glisse-t-elle d’emblée. Après des débuts à l’aquarelle, Dany s’est tournée vers l’huile il y a une vingtaine d’années. Après les copies des maîtres – Monet, Vlaminck, Kandinsky, Hopper – elle s’est lancée dans ses propres créations : les toits de Paris, les cabanes ostréicoles, les petites maisons isolées, les ruelles… tous ces lieux qui racontent quelque chose lorsqu’on sait les regarder.
Un chemin vers Pornic qui s’est tissé au fil du temps
Avant d’être artiste, Dany enseignait les mathématiques. Puis la vie a fait le reste : la mutation de son mari à Nantes, les week-ends à Pornic, les promenades qui deviennent habitudes…
« Nous avons d’abord acheté un appartement, puis une maison à la Birochère », raconte-t-elle avec un sourire. Aujourd’hui, son atelier fait partie de son quotidien, un refuge où elle peut se concentrer.
« Je préfère être seule pour peindre. Pour moi, la peinture demande une vraie présence ».

Le secret du petit congélateur
Au fond de l’atelier, un petit congélateur attire mon regard. Dany rit en voyant ma surprise.
« C’est pour mes palettes ! Je les fabrique selon le sujet, à partir des trois couleurs primaires et du blanc. Les garder au froid empêche la peinture de sécher trop vite ».
Avec cette base toute simple, elle obtient toutes les nuances qu’elle souhaite, même les plus subtiles. Fabriquer chaque palette est un travail en soi : « Je veux retrouver l’ambiance que j’ai observée, même si j’exagère un peu les couleurs ».
L’artiste explique qu’elle prend toujours une photo lorsqu’elle a un coup de cœur. « Parfois, c’est juste la lumière qui me frappe ». Mais elle ne garde jamais longtemps l’image originale: elle la recadre, l’épure, puis l’efface pour ne pas devenir prisonnière des détails.

Une peinture construite pas à pas
Dany travaille par étapes, avec méthode. Un fond foncé en premier, puis un dessin au crayon blanc.
« Je fais mes lignes, mes formes. Si le dessin me convient, je repasse tout en rouge en utilisant différentes nuances. Cela permet d’imaginer le rendu final ».
Ce rouge, qui transparaît sous l’huile, donne l’illusion de vieux murs, de vieilles bâtisses. Comme un passage du temps.
Quand elle se lance dans un tableau, Dany a besoin de longues plages de travail. « Si je fais trop de pauses, l’énergie n’est plus la même ».
Je la crois volontiers car chaque toile semble porter sa propre vibration.

L’ancrage local, les rencontres
Même si elle aime travailler seule, Dany n’est pas isolée. Elle participe régulièrement à la Balade artistique et a récemment rejoint le collectif Arts en Retz.
« Ça me permet de découvrir Pornic autrement. On évoque toujours la mer, oui, mais il y a tellement d’autres choses. Et puis, les rencontres avec des acteurs locaux et des artistes de différentes disciplines sont très enrichissantes ».
Si elle devait choisir un endroit de Pornic à peindre, elle choisirait la ville haute, les petites maisons de pêcheurs ou le port du Collet. Tout ce qui porte une trace d’histoire et de simplicité.

Et lorsqu’elle me raconte ce que serait Pornic en œuvre d’art, elle répond sans hésiter :
« Le bord de mer, le sentier des douaniers.. les couleurs qui changent du matin au soir comme celles que nous avons à l’automne»
En quittant l’atelier de Dany Raoux, je jette un dernier œil aux toiles. L’huile attrape la lumière et la renvoie avec une intensité toute particulière.
Je repense à la phrase : « Je veux mettre de la couleur dans nos vies ».
Et il me semble que c’est exactement ce qu’elle fait.


Photos : © Bonjour Pornic – merci de créditer en cas de réutilisation
Cet article fait partie de la série « Visages de Pornic »
Bonjour Pornic aime aller à la rencontre de ceux qui font vivre notre ville avec passion. Ici, on raconte des chemins, des visages, des lieux où souffle le plaisir de créer et de partager.