À Pornic, Gaëlle Chaigne peint la mer sur des cartes marines

Je pousse la porte de la boutique de la rue des Sables, à Pornic. L’ambiance est douce, féminine, presque feutrée. Aux murs, des cartes marines peintes attirent tout de suite l’œil. Je reconnais la plage de la Source, la côte de Jade, la lumière, le mouvement de la mer… Rien n’est figé. Même interprétés, les paysages et la mer vivent.

Gaëlle Chaigne m’accueille simplement. Nous nous installons autour d’une table basse…

« Je suis une vraie Pornicaise »

Gaëlle l’annonce avec fierté : « Je suis une vraie Pornicaise puisque je suis née ici. »

Elle y vit jusqu’à ses 11 ans, avant de partir en pension à Nantes, puis étudier à Rennes. Devenue orthoptiste, sa vie professionnelle la mène ailleurs, mais Pornic ne la quitte jamais vraiment.

Quand elle dit « Plus je vieillis, plus j’aime Pornic » , je comprends que le retour sur les lieux de son enfance n’est pas un hasard.

Grandir avec la mer

Très vite, la mer s’impose dans son récit.

« Mes parents m’emmenaient naviguer sur leur Mousquetaire alors que j’étais encore dans mon couffin »

Les vacances se passent sur l’eau, les journées filent au rythme des marées. La maison familiale est au bord de la mer. Tout tourne autour de cet horizon.

Adolescente, Gaëlle navigue et traverse souvent la baie jusqu’à Noirmoutier. « Donc la mer, la mer, la mer. »

Ce n’est pas une image. C’est une réalité fondatrice.

L’autre passion de Gaëlle est la créativité. Depuis toujours elle aime imaginer, bricoler, fabriquer.

Après le bac, au moment de choisir une voie, elle hésite. Sa mère, qui peint beaucoup, lui suggère les Beaux-Arts. Elle choisit finalement une autre direction. La peinture attendra.

Jusqu’à ses 50 ans.

« Je me suis dit que j’avais envie de peindre et j’ai demandé des cours de peinture pour mon anniversaire ».

Elle prend des cours à Nantes, à la Petite Académie. L’expérience est courte, interrompue par le confinement, mais elle provoque un déclic.

Le moment charnière

Pendant le confinement, Gaëlle peint tous les jours. Elle sort, prend une photo, puis la retranscrit à l’acrylique dans un petit carnet de bord.

L’exercice quotidien, sans pression, installe une pratique.

« Quand mes parents sont décédés, j’ai récupéré toutes les cartes marines de mon père. J’ai trouvé que c’était un bel objet en soi et j’avais pas envie de m’en séparer. »

Elle se souvient alors du peintre de marine, Albert Brenet, qui affirmait que les cartes étaient son meilleur support pour peindre.

« Et là je me suis dit que j’en avais plein à la maison. »

Ses deux passions – la mer et la peinture – se rejoignent.

Laisser la carte guider

Pour les sujets, Gaëlle se fie à son instinct.

« Dans un premier temps, je choisis une carte et j’observe longuement les contours du littoral ».

Elle attend l’inspiration et, parfois, cela prend du temps.

« Tant que l’idée n’est pas venue, je ne peins pas. »

Puis elle se lance, sans dessin préalable. Elle suit les lignes, les courbes, les accidents de la côte. C’est la carte qui l’inspire.

Si le résultat ne lui convient pas, elle recommence, peint par-dessus.

Commencer par la mer

Dans presque toutes ses cartes, tout part de l’eau. « Je commence par la couleur de la mer. »

C’est elle qui donne le ton. Ensuite seulement viennent les îles, les phares, le ciel. Le paysage se construit au fur et à mesure.

Gaëlle parle beaucoup de lumière, des variations de couleurs selon le temps, des mers changeantes.

« J’adore faire les nuages. »

Je comprends qu’elle peint moins un lieu précis qu’une atmosphère. Et c’est beau.

Des couleurs bien à elle

Sa palette est assez restreinte – bleu outremer, terre d’ombre brûlée, blanc et ocres- mais très maîtrisée. Elle mélange et fabrique ses propres teintes, notamment les verts et les noirs.

Et lorsqu’elle peint Pornic, elle précise avec un sourire qu’il faut « mettre un peu de jaune et…de vase »

Un détail qui n’échappera pas aux Pornicais 🙂

Le goût de l’aventure

Avec ses cartes, Gaëlle aimerait transmettre « l’amour de la mer, le goût de l’aventure, les embruns... »

Elle évoque ses souvenirs de navigation « J’adorais naviguer quand les éléments ne l’autorisaient pas. On a fait tellement de dingueries avec mon dériveur…  » Dans ses peintures, on retrouve ce goût du mouvement, du vent, des conditions un peu limites.

Voyez par vous-même, ses mers ne sont jamais totalement calmes.

Trois mots pour Pornic

Avant de partir, je lui demande de décrire Pornic en trois mots. Elle répond spontanément : « Enfance, berceau, air iodé« .

En sortant de la boutique, 24 rue des Sables, je jette un dernier regard aux cartes marines de Gaëlle Chaigne.

Et j’y vois un lien très fort entre l’artiste, la mer et Pornic.

Bonjour Pornic va à la rencontre de ceux qui aiment notre ville et la font vivre. Ici, on raconte des chemins, des visages et des lieux où souffle le plaisir de créer et de partager.

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