
À quatre ans, Nadine Arnaud-Drouelle voulait être clown. « Mes parents ont beaucoup ri, raconte-t-elle, jusqu’au jour où ils ont compris que je ne plaisantais pas! » Depuis le chant et la fantaisie sont devenus sa partition de vie. Conservatoire d’art dramatique, conservatoire de chant, cirque Fratellini puis l’Opéra de Rennes… la voilà propulsée sur les planches comme choriste, soliste et surtout fantaisiste d’opérette. « Ma formation de clown auguste m’a aidée à trouver rapidement ma place dans les opérettes comiques ».
Artiste lyrique depuis quarante ans, elle conjugue le chant, la mise en scène et la transmission. « Ce qui me plaît, c’est permettre à des gens qui n’ont jamais mis les pieds sur scène d’oser, de se dépasser, de prendre confiance. C’est passionnant! »
Pornic, des souvenirs familiaux… et une cave à vins
L’histoire pornicaise de Nadine Arnaud-Drouelle ressemble à une opérette légère, avec ses rebondissements et ses couplets inattendus.
« Mes beaux-parents avaient acheté une petite maison près de la plage du Porteau. Nous y passions nos vacances en famille. Lorsque mon beau-père est décédé, nous habitions au Mexique et nous avons voulu vendre la maison… sauf que, dans le garage, il y avait une cave à vins de 1200 bouteilles ! Un casse-tête impossible à gérer depuis l’étranger. Alors nous avons gardé la maison, sauvé la cave à vins, fait des travaux …A notre retour de l’étranger, après un passage à Nantes, nous avons redécouvert Pornic et là cela a été le coup de foudre. Un jour, on s’est dit : mais qu’est-ce qu’on est bien à Pornic » .
Les Tréteaux de Pornic : quand la salle à manger devient théâtre
Après 16 ans d’absence, les metteurs en scène français ne la reconnaissent plus. Qu’à cela ne tienne ! Après des retrouvailles avec une amie connue à Montréal, l’idée d’une troupe prend forme. « Deux dînettes plus tard, nous étions quatorze à préparer La Belle Hélène. Les répétitions se sont faites… dans ma salle à manger ! Et c’est ainsi qu’est née la troupe des Tréteaux de Pornic. »
Avec ses amateurs enthousiastes, elle a trouvé un terrain de jeu idéal. « Ce qui est merveilleux chez eux, c’est qu’ils sont avides d’apprendre. Ils prennent des notes, ils écoutent, ils veulent bien faire. Je leur mâche le travail : parfois j’enregistre leurs répliques, je fais la démonstration d’un effet, puis je leur demande de se l’approprier. Et surtout, j’avance doucement, étape par étape. Au début, je ne les fais pas chanter. Juste le texte. Ensuite, on ajoute des couches. C’est comme une pâte à gâteau qui lève petit à petit ».
Le secret ? Une exigence bienveillante. » Je suis leur youpala ! Je les tiens fermement pour qu’ils ne tombent pas. Tout est hyper cadré : combien de pas, dans quelle direction, avec quelle intonation. Sur scène, on ne peut pas tricher. Alors je veux qu’ils soient confiants, et ne se sentent jamais en danger ».
Monter sur scène, un bonheur partagé
Les membres de la troupe viennent d’abord « pour le loisir, pour s’amuser « , mais l’expérience va plus loin. » Ils viennent chercher le grand bonheur de monter sur scène, de donner et de recevoir du public. Je leur dis toujours : on va monter les marches doucement, ensemble. Je les pousse parfois un peu hors de leur zone de confort, mais à la fin, ils sont émerveillés de ce qu’ils ont accompli ».
Et l’effet miroir fonctionne : » Ils se découvrent eux-mêmes, ils se réconcilient avec leur image. C’est un vrai challenge, mais toujours dans la joie et l’entraide. On est une famille soudée ».
Dans l’immense répertoire d’opérettes françaises, Nadine Arnaud-Drouelle choisit celles où il y a le plus de personnages car la troupe est nombreuse. Il lui arrive même de doubler ou tripler des rôles pour ne laisser personne de côté.

Un public exigeant… et fidèle
À Pornic, la salle rit, chante et parfois s’émeut. « C’est un public exigeant, et il a raison de l’être. Il n’est pas acquis d’avance. Il faut le surprendre chaque année. Quand il y a une critique négative, je l’écoute. Cela nous pousse à faire mieux la prochaine fois ».
Résultat : une fidélité qui grandit. « Aujourd’hui, nos spectateurs sont devenus nos fans. Et surtout, ils sont notre meilleure publicité ! »
Le souvenir le plus marquant ? « Le soir où, à la fin de À la Jamaïque, les 200 spectateurs se sont levés et ont chanté le final avec nous, en faisant les gestes… On a tous pleuré sur scène. Depuis, je le fais systématiquement, car je crois que le public l’attend aussi ».
Si Pornic était une opérette ?
Nadine ne réfléchit pas longtemps : « Ce serait Quatre jours à Pornic ! Avec des commerçants, des passants, des associations, des élus… tout le monde sur scène ! »
Et sa préférée ? « La Vie parisienne, parce qu’il y a du cancan, que ça pétille et que c’est très français. L’opérette, c’est le berceau de la comédie musicale. Et je me bats pour la protéger ».
À Pornic, grâce à Nadine Arnaud-Drouelle et aux Tréteaux de Pornic, l’opérette a trouvé un nouveau souffle. Et un public enchanté.
Cet article fait partie de la série « Visages de Pornic«
Bonjour Pornic aime aller à la rencontre de ceux qui aiment notre ville et la font vivre. Ici, on raconte des chemins, des visages et des lieux où souffle le plaisir de créer et de partager.
Un article vraiment merveilleux à lire ! Une vraie passion accomplie ! Ça fait du bien de voir qu’il y a des gens qui propagent la joie de vivre ! Belle leçon de vie que chacun devrait suivre. Une excellente méthode d’apprentissage de soi qui amplifie l’enthousiasme et qui permet de rire des évenements moroses du quotidien.
Bravo et belle continuation au théâtre pornicais !
Merci à vous !