On connaît le château de Pornic vu de l’extérieur. Sa silhouette domine le vieux port et fait partie du paysage quotidien des Pornicais.
Mais que se passe-t-il derrière ses murs ?

Je suis allée à la rencontre de Robert de Vogüé, qui vit au château depuis plus de quarante ans. Je voulais savoir à quoi ressemble la vie de celui que l’on imagine facilement comme « le châtelain de Pornic ».
La réponse est finalement moins romanesque que prévu… et beaucoup plus surprenante.
« Pornic pour moi, c’était le bateau »
L’histoire de Robert de Vogüé avec Pornic commence dans l’enfance. Du côté maternel, sa famille y vient depuis plusieurs générations. « Je suis arrivé ici tout bébé. Tous les étés, je venais à Pornic pour un mois de vacances chez mes grands-parents ». À l’époque, les enfants sont accompagnés d’une nurse ou d’une nounou. « Les adultes étaient d’un côté et les enfants de l’autre ».
Dans ses souvenirs, Pornic est surtout associé aux bateaux. Il en est passionné depuis toujours.
Lorsqu’il accepte de reprendre le château familial dans les années 1970, ce n’est donc pas parce qu’il rêvait de devenir châtelain mais pour profiter du bord de mer.
Il s’installe d’abord dans la petite maison derrière le porche. Pendant deux ans, il regarde le château se dégrader.
Puis il décide de le sauver.
Il entreprend d’importants travaux et s’installe définitivement à Pornic en 2007.
Habiter le château, au quotidien
Aujourd’hui, Robert de Vogüé vit au rez-de-chaussée, dans un espace d’environ 45 m² « pour ne pas chauffer l’ensemble du château ».
Une précision qui remet immédiatement les choses en perspective : vivre dans un château ne signifie pas nécessairement vivre dans toutes ses pièces.
Car un monument historique impose une autre réalité. « Quand on en est propriétaire, il faut des revenus pour assurer l’entretien des murailles, de la toiture et des différentes installations. Même si ces postes n’ont pas d’impact immédiat sur votre qualité de vie, ils sont indispensables ».
Et puis il y a la connaissance des lieux.
Robert de Vogüé connaît le château par cœur. Il monte sur les toits, fouille les archives, surveille les moindres recoins, y compris les parties que les visiteurs ne voient jamais.
Le château occupe toutes ses journées, et même ses nuits puisqu’il lui arrive souvent de penser à ce qui doit être fait ou ce qui peut être amélioré. Difficile, dans ces conditions, de profiter tranquillement d’un lieu que tant de visiteurs admirent.
Un château à faire vivre
Depuis 2007, son activité consiste en grande partie à trouver des ressources pour faire vivre le château et l’entretenir.
Les mariages et les réceptions ? La solution est évidente pour beaucoup de propriétaires de lieux historiques.Mais c’est impossible à Pornic. « Nous sommes au cœur de la ville et devons éviter tout ce qui pourrait gêner les riverains »
Il a donc fallu trouver d’autres activités.
Les visites en font partie.
Et ce qui est intéressant, c’est que Robert de Vogüé ne se contente pas de gérer les visites. Il aime servir de guide.
Quand le châtelain devient guide
Lorsqu’il raconte le château, Robert de Vogüé ne se contente pas d’aligner des dates.
Il incarne les personnages qui ont vécu ici.
C’est une manière, explique-t-il, de mieux les comprendre. En se mettant à leur place, en racontant leur histoire, il porte un autre regard sur eux.
J’aime cette facette assez inattendue du personnage : celui qui connaît parfaitement les lieux et qui, pour les raconter, cherche aussi à comprendre ceux qui les ont habités avant lui.
Les scolaires font également partie des visiteurs qu’il accueille.
Faire découvrir le château à des enfants, leur ouvrir des portes qu’ils n’ont pas l’habitude de franchir, leur raconter les lieux autrement : une belle façon de faire vivre le monument.

Un château au service de l’économie locale
Mais les visiteurs ne viennent pas seulement pour découvrir le patrimoine architectural.
Robert de Vogüé veut placer le château au service de la vie culturelle locale. Théâtre, manifestations, demain un Son et Lumière… il met régulièrement les lieux à disposition et est « ravi de partager les lieux ».
Ce fonctionnement permet aux associations de porter elles-mêmes les projets et de rechercher des subventions.
L’enjeu est aussi local. « Ces événements font rayonner Pornic et participent à l’économie locale ».
Le château n’est donc pas seulement un monument à conserver. C’est un lieu vivant qui participe activement à la vie de Pornic.
Une autre façon d’être propriétaire
Au fil de notre conversation, le mot « châtelain » finit par me sembler assez peu adapté à la réalité de son quotidien.
Robert de Vogüé parle davantage comme un chef d’entreprise que comme le propriétaire d’une belle demeure.
« L’organisation et la logistique des événements prennent beaucoup de temps »
Et le temps commence à prendre une place importante dans ses réflexions. Il pense à la transmission, mais pas seulement à celle des murs. « Dans cinq ans, il faut que tout ce que j’ai développé puisse continuer même quand je ne serai plus là ».
Je lui demande finalement ce que signifie, pour lui, être propriétaire du château.
Sa réponse est sans détour :
« Être propriétaire d’une demeure historique n’a aucun intérêt en soi. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait avec ».
Cet article fait partie de la série « Visages de Pornic »
Bonjour Pornic va à la rencontre de ceux qui aiment notre ville et la font vivre. Ici, on raconte des chemins, des visages et des lieux où souffle le plaisir de créer et de partager.